Robot tondeuse et bruit : quinze modèles sur cinquante-neuf ne publient rien
Damien Rouvier — 2 août 2026
Dix-huit décibels séparent le robot le plus discret du comparatif du plus bruyant. Sur une échelle logarithmique, cet écart ne se lit pas comme dix-huit points de plus ou de moins : il sépare une machine qu’on oublie d’une machine qui occupe le jardin. Voilà pourquoi ce critère mérite d’être trié par paliers avant d’être trié par modèle.
Quarante-quatre valeurs publiées, et une médiane à 58 dB(A)
Quatre marques couvrent une grosse moitié du catalogue et annoncent leur niveau sonore sur chacun de leurs modèles. Gardena sur ses dix, Husqvarna sur ses neuf, Segway sur ses cinq, Ecovacs sur ses quatre.
Le tri est donc possible, et il commence par la médiane : 58 dB(A) sur les quarante-quatre valeurs relevées le 2 août 2026. Au-dessus, la machine s’entend depuis la terrasse. En dessous, elle se fond dans le fond sonore d’un jardin.
Gardena pousse la régularité jusqu’à la caricature : ses dix modèles tiennent en un décibel, entre 57 et 58. Segway en fait autant sur cinq modèles. Chez ces deux marques, le critère sonore ne départage rien en interne, et le choix se fait sur la surface et la navigation.
Entre 57 et 59 dB(A), le marché ne se différencie plus
Vingt-six modèles se logent entre 57 et 59. Plus de la moitié des chiffres disponibles tiennent dans trois décibels.
Autant dire que sur le gros du catalogue, cette colonne ne tranche pas. Deux modèles à 57 et 58 dB(A) ne s’entendront pas différemment dans un jardin, et n’importe quelle variation d’herbe, de terrain ou de vent effacera l’écart.
Ce constat a une conséquence pratique agréable : sur la majorité du marché, vous pouvez choisir sur la surface, la pente et le prix sans rien sacrifier au voisinage.
Dix-huit décibels séparent les extrêmes, et ça ne se lit pas comme dix-huit
Les deux bouts du catalogue, eux, se distinguent nettement. En bas, la Yardcare V3 à 50 dB(A), suivie de la Sunseeker V1 et de la Dreame A2 1200 à 55, puis de la RoboUP Raccoon 2 SE à 56. En haut, la Lymow One Plus à 68 dB(A), l’Okaybot M1 et la Suntek SRM2025 à 66, la Yardcare V100 et l’Husqvarna Automower 105 à 65.
Le piège consiste à lire ces valeurs comme une échelle ordinaire. Le décibel est une échelle logarithmique : chaque tranche gagnée correspond à une multiplication de l’énergie sonore, pas à une addition. Concrètement, l’écart entre 58 et 68 s’entend beaucoup plus fort que la différence des deux nombres ne le laisse croire, alors que l’écart entre 57 et 59 ne s’entend pratiquement pas.
D’où trois paliers, qui suffisent à décider. Sous 56, la machine se fait oublier. Entre 57 et 60, elle s’entend quand on est dehors et disparaît fenêtre fermée. Au-dessus de 64, elle occupe l’espace sonore du jardin, ce qui devient un sujet quand elle tourne pendant que vous déjeunez sur la terrasse.
Ces chiffres ne se comparent pas tout à fait entre eux
Un niveau sonore n’existe pas dans l’absolu.
Il dépend de la distance de mesure, de la hauteur du micro, de la nature du sol sous l’appareil, de l’état de l’herbe au moment de l’essai et de la charge que le moteur de coupe subit pendant le relevé, autant de paramètres qu’un laboratoire fixe par convention et qu’une fiche commerciale n’a aucune obligation de reproduire quand elle recopie le résultat.
Un chiffre pris à un mètre et un chiffre pris à quatre mètres ne racontent pas la même histoire. En pratique, un écart d’un ou deux décibels entre deux fiches ne prouve pas grand-chose : il peut venir du protocole plutôt que de la machine.
Un écart de huit décibels, lui, résiste à ce genre d’incertitude. C’est celui sur lequel il faut acheter.
Votre voisin n’entend pas un niveau, il entend une durée
Un chiffre en dB(A) décrit une intensité à un instant donné. Le grief de voisinage, lui, porte sur autre chose : la répétition et la durée.
Une tondeuse thermique fait un vacarme franc pendant une demi-heure, puis le silence revient et chacun passe à autre chose. Un robot tondeuse fait beaucoup moins de bruit, mais il en fait longtemps, plusieurs fois par semaine, parfois plusieurs fois par jour, y compris quand personne n’est là pour le surveiller. Le bruit change de nature : il devient un fond permanent.
Les avis clients relevés montrent les deux versants. Le silence de fonctionnement est un motif de satisfaction fréquent, au point que des acheteurs mentionnent pouvoir lancer la machine le dimanche sans gêner personne. À côté, un acheteur signale le sujet du fonctionnement nocturne, qui est celui qui met les voisinages en tension.
Ce que la loi encadre, et ce qu’elle laisse à l’appréciation
Les horaires d’utilisation des engins de jardin ne relèvent pas d’une règle nationale unique. Ils sont fixés par arrêté préfectoral, souvent complété par un arrêté municipal, et ils diffèrent d’un département à l’autre. La mairie est la seule source qui vaille, et elle répond en deux minutes au téléphone.
S’ajoute le code de la santé publique, qui ne raisonne pas uniquement en seuils : la durée, la répétition et le caractère nocturne du bruit pèsent dans l’appréciation. Un appareil parfaitement légal en pleine journée peut devenir une nuisance caractérisée s’il tourne toutes les nuits contre la haie mitoyenne.
Le critère qui compte, c’est la distance à la clôture
Si votre pelouse est un carré au milieu du terrain, à bonne distance des limites, le niveau sonore est un critère de confort personnel et vous pouvez le traiter comme tel. Choisissez sur la surface et la pente, le catalogue entier vous est ouvert.
Si votre pelouse touche la mitoyenneté, ou si la chambre du voisin donne dessus, la hiérarchie change. Visez 56 dB(A) ou moins. Six machines du comparatif tiennent cette barre, de la Yardcare V3 à 50 dB(A) jusqu’à la RoboUP T1200 Pro à 56, et l’Ecovacs Goat O800 RTK suit d’un décibel pour six cent quarante-neuf euros. Programmez ensuite la tonte en milieu de journée plutôt qu’à l’aube, et laissez le créneau nocturne de côté même s’il est techniquement disponible.
Un dernier réglage coûte zéro euro et se néglige toujours : l’emplacement de la base de charge. Le robot y revient plusieurs fois par jour, il y manœuvre, il s’y remet en route. Contre un mur mitoyen, cette station devient un point sonore répété au même endroit. Deux mètres plus loin, contre la maison, le problème disparaît.
Questions fréquentes
Quel est le niveau sonore d'un robot tondeuse ?+
Sur les quarante-quatre modèles du comparatif qui publient la valeur, la médiane s'établit à 58 dB(A) et l'ensemble tient entre 50 et 68 dB(A). Vingt-six modèles se logent dans les trois décibels compris entre 57 et 59, ce qui rend le critère peu discriminant sur la majorité du catalogue.
Peut-on faire tondre son robot la nuit ?+
Techniquement, la plupart des modèles connectés le permettent. Juridiquement, le bruit de voisinage nocturne est traité plus sévèrement que le bruit diurne, et un appareil qui tourne des heures sous les fenêtres d'un voisin peut être qualifié de nuisance même sans dépasser un seuil. La mairie renseigne sur l'arrêté applicable dans la commune.
Quel robot choisir quand la pelouse touche la clôture du voisin ?+
Visez 56 dB(A) ou moins : la Yardcare V3 à 50 dB, la Sunseeker V1 à 55, la RoboUP Raccoon 2 SE et la RoboUP T1200 Pro à 56. Programmez ensuite la tonte en milieu de journée et éloignez la base de charge du mur mitoyen.
Le bruit change-t-il selon la hauteur de coupe ?+
Le niveau publié correspond à un fonctionnement donné, dont les conditions ne sont presque jamais détaillées. Sur le terrain, une herbe haute fait forcer le moteur de lame et s'entend davantage. Tondre plus souvent et plus haut est le réglage qui réduit le bruit sans rien changer à la machine.
